Très tôt, Lucas développe un lien instinctif avec la terre et le Champagne, au point de ne rêver que des vignes. Profondément attaché à ses racines, peu enclin au voyage, son parcours n’en est que plus singulier. De la Bourgogne à Singapour, puis jusqu’à Ho Chi Minh Ville où il fonde son propre restaurant, il trace un chemin guidé par le vin. Passionné par les vignobles d’ici et d’ailleurs, il défend aujourd’hui des cuvées identitaires, d’artisans, pensées avant tout pour être partagées et bues. Rencontre avec lui.
Quel endroit vous affectionnez particulièrement ?
Ayant passé de nombreuses années loin de notre village, Celles-sur-Ource, ce sont toujours les lieux de mon enfance qui me reviennent spontanément. Sans hésitation, le panorama depuis le terrain d’aviation, au-dessus du village. Au-delà de la vue sur le vignoble, il y a le vent dans les sapins, le chant des oiseaux, les odeurs d’été des champs et des vignes, et ces couleurs légèrement pastel. C’est un endroit qui me marque à chaque fois, presque intact, presque hors du temps.
Quel est votre “outil” de prédilection ?
Un verre de vin. J’aurais pu dire un tire-bouchon… parce que j’adore ouvrir, découvrir, goûter. Des blancs, des rouges, d’autres régions, d’autres mains. C’est une vraie passion, et surtout ces moments d’échange avec des gens qui parlent le même langage, celui du vin. Mais finalement, “less is more” : avec le Champagne, un verre suffit.
Quel son, bruit ne vous laisse pas indifférent ?
Ça va peut-être paraître étrange, mais… le silence. Le vrai. Vivant à Saigon, en Asie, une partie de l’année, dans un environnement en mouvement permanent, je suis entouré de bruit en continu. Alors, lorsque tout s’arrête, à la campagne, ou parfois même en ville, ce silence-là, presque irréel, m’impressionne toujours. Il est devenu une forme de luxe.
Quel est votre matériau, élément favori ?
Le cuir, sans hésitation. Pas celui du vêtement, mais celui qui vit et se patine : un tablier de mixologiste, un dessous de verre, ou encore une belle carte des vins. La texture, le toucher, le temps qui passe dessus. C’est un matériau qui garde les traces, qui raconte, sans jamais parler.
Selon vous, quel geste, tour de main est indispensable à avoir dans la vie ?
Je suis quelqu’un de très manuel, j’ai toujours appris en faisant. Les vignes, la cave, puis la poterie, le tir à l’arc, les cabanes, le tennis… Les mains ont toujours guidé mon apprentissage. Et aujourd’hui encore, quand je cuisine, je retrouve exactement ça. J’adore ça. Je crois que ce qui compte vraiment, ce n’est pas un geste en particulier, c’est le bon sens, presque instinctif, celui où l’on sent juste. Et à partir de là, chaque geste devient indispensable.
Quelle est votre texture préférée ?
Passer ma main sur nos fûts de Champagne, ou ceux des domaines de mes copains de la Viti de Beaune. Il y a cette texture… ce côté très doux d’un matériau pourtant brut. Et puis la courbe du fût, qui intensifie le ressenti des douelles. De là viennent les souvenirs. Les bouteilles qui en sont sorties, celles déjà débouchées, qui laissent de beaux souvenirs… Et aussi l’excitation de celles à venir.
Quelle odeur vous fait retomber en enfance ?
Houla… pas facile ! Il y en a tellement, selon les saisons, les lieux… Mais la première qui me vient, c’est forcément l’odeur de la cuisine dans la maison familiale : la ratatouille, les légumes du jardin… et surtout ces longs déjeuners d’été qui s’étirent, le soleil qui tape, les assiettes qui traînent, les discussions et les blagues qui reviennent… et cette odeur qui reste intacte.
Quel est l’aromate, épice dont vous ne pouvez vous passer ?
Les aromates, pour moi, évoquent immédiatement l’été. Marcher quelques mètres jusqu’au jardin, cueillir au dernier moment… presque juste avant de passer à table. C’est simple, mais ça reste des souvenirs très forts. Et puis avec le temps, les goûts changent, sans vraiment que l’on s’en rende compte. Aujourd’hui, après plusieurs années passées en Asie du Sud-Est, je reviens naturellement vers le chili, la sauce soja. J’aurais du mal à m’en passer.
Quel est votre dimanche idéal ?
Simple. Se réveiller tôt, prendre le temps. C’est le seul jour où je peux me surprendre à regarder dehors, fixer un point… longtemps, sans m’en rendre compte. Aller courir, ou faire du tennis. Et puis passer en cuisine, préparer un joli brunch pour quelques amis. Une bonne table, de belles bouteilles, des discussions qui respirent la vie, la vraie, celle vécue intensément à chaque instant.
Quelle est votre couleur de prédilection ?
Depuis tout petit, j’ai toujours aimé le bleu, plutôt foncé. Il m’a accompagné à chaque étape de ma vie, presque comme un porte-bonheur. J’aime aussi son style, quand il se glisse dans les vêtements. Et aujourd’hui, 30 ans plus tard, cette couleur est dans l’ADN de notre projet avec ma sœur et mon frère… J’adore.
Quelle est votre devise ?
“Show must go on.” C’est ma devise. Une phrase que je me répète, presque sans y penser. Dans la vie privée, au travail, dans les moments de joie comme dans ceux qu’il faut traverser… elle est toujours là. Avec le temps, elle s’est chargée de souvenirs. Des rires, des moments plus durs aussi. C’est une phrase qui m’accompagne, qui évolue avec moi. On grandit ensemble. Et j’ai le sentiment que ce n’est que le début.












